Dimanche 6 août 2006 7 06 08 2006 15:04

20 h 00 : Ah les Aftis, loin de tout, son eau pure,le merveilleux hotel, comme une perle au fond d’une coquille d’huitre, vide, sans vacanciers, hotel fermé, et nous, enfermés dans cet hotel, le premier soir, une délicieuse odeur s’est répandue dans la salle principale, c’est Raymond, le Rais, qui prépare une soupe de poisson, avec du poisson de roche, pêché il y a juste une heure, on entre dans la cuisine, avec ses imposants piano, Raymond touille sa soupe dans une énorme marmite en fer blanc, cuisson à feu doux, mmmmmm, cette odeur…. Après la baignade, apéro sur le terrasse, le rosé est frais, on se réunit tous, la mer est là, à nos pied, les montagnes se dessinent dans le ciel et le disque rouge du soleil apparaît, en face de nous, le silence est total, une brise légère, quelques moustiques qu’on élimine à coup de pschiiit, l’odeur de la soupe de poisson, on se partage les tâches, certains font la tables, d’autre la salade de tomates, les autres coupent le bettikh, Raymond réchauffe la soupe, on fait le va et viens entre la cuisine et la terrasse, ça y est c’est prêt, la soupe est délicieuse, une assiette, deux assiettes, trois assiettes, je n’en peux plus, le rosé picote mes papilles, une douce chaleur m’envahit, je commence à bailler, mais là, une envie soudaine me prend, me baigner en pleine nuit…. On décide tous y aller, direction la plage, je manque de me casser la gueule dix fois, on se défroque et là, je m’enfonce, je m’enfonce, dans l’eau noire, délicieusement glacée, je frissonne, je nage pour me réchauffer, le pied intégral, vite sortir, se frictionner avec la serviette, ça y est le sommeil est là, il m’ouvre ses bras, une douche, une dernière cigarette dans le silence de la terrasse, juste le grondement de l’eau, Feriel lit Fred Vargas, pendant que moi, je sombre doucement dans l’oubli de mon sommeil…..

10 h 00 : Feriel dort encore, moi je me réveille au radar, le temps d’enfiler un short et une chemise, lunettes noires, et c’est au radar que je descend l’escalier de bois direction la cuisine, le thermos de café salvateur, merci Raymond, parti pêcher, quelques biscottes, un peu de zebda, je m’étire sur la terrasse, la mer en face, des barques, le bruit au loin des nageurs sur la plages, les cris d’enfants, quelques coups de sifflet, Alger est loin, j’ai du mal à lire le journal, le cerveau trop embué pour comprendre quelque chose…. Farid arrive, je lui sert du café, puis c’est Fériel,la tête dans le sac qui apparaît, suivie de Caroline et Christophe, frais comme des gardon… Dilemme du jour, nager ou aller faire les courses ? On tranche , direction Jijel, le marché pour faire les courses…. La liste est prête,on reprend la route vers Cavallo, les dégâts de Monsieur le Wali sont encore plus visible de ce côté ci de la corniche, avec les remblais qui tombent vers la mer et qui asphyxient la flore des falaises, flore qui jusqu’à présent les protégeait de l’érosion… On arrive à Jijel, jolie petite ville, avec sa corniche et son port, ses petites ruelles du centre ville et son marché…On passe de hanout en hanout, fruits, légumes, viande, café, tire-bouchon – allez trouver un tire bouchon à Jijel – la malle de note voiture se remplit en un clin d’œil, ouf, finies les courses, direction le port de pêche de Jijel pour admirer le sardinier de Rachid, Aftis 1, fièrement stationné sur le quai, ave son petit canot, juste à côté, waow !

13 h 00 : déjeuner frugal, viande grillée et salade, Christophe avale le reste de la soupe de poisson, l’après-midi se termine entre sieste et plage, la vie est belle, no stress….  Difficile de décrocher, je finis par me connecter sur internet et consulter mes mails, je réponds au téléphone, entre deux tchebbiketes… Douche, apéro, ce soir la mer est grise, luisantes, comme le dos d’une sardine, une mer d’huile et au dîner c’est la ratatouille de Feriel qui remporte tous les suffrages…Je m’endors avec la prose de Yann Andrea, le jeune homme qui accompagna Marguerite Duras jusqu’à sa mort, une Duras exclusive, possessive, qui lui serinait cette phrase terrible : « sans moi, vous n’êtes rien… », Lui, Duras, et entre eux deux, une terrible maîtresse, l’écriture, je m’endors au bruit des vagues….

11 h 00, le lendemain, c’est fatiguant de ne rien faire, long petit déjeuner, les autres sont partis en mer, faire une traîne, Yan Andrea est toujours là, avec moi, empêtré dans sa curieuse relation, déjeuner de restes de la veille, les pêcheurs vont faire la sieste tandis que moi, je décide de lézarder sur la plage avec mon IPOD, Grand Corps Malade, Clotaire K, le rappeur libanais, je pense à Beyrouth, Dani et Daho chantent comme un boomerang, les enfants se baignent autour de moi, de jeunes mecs font bomber leur torse, « je sens des boum et des bang agiter mon cœur blessé, l’amour comme un boomerang me revient des jours passés…. », je somnole, sur mon île musicale, sous mon parasol, avec mes boum et mes bang…. La mer est agitée, furieuse, je me perds dans les vagues, « me revient des jours passés… », encore une vague et boum et bang, la voix cassée de Dani….

20 h 00 : apéro sur la terrasse, notre rituel, il a plus sur les aftis, un orage incroyable, avec le disque orange du soleil couchant, la mer en creux, métallique, les nuages, un cours de météorologie me dit Fériel, spécialiste de la question… Après le dîner, un scrabble, je manque de m’étouffer de rire, Christophe jouant au Scrabble un moment d’anthologie….

02 h 00 :une dernière cigarette avant de dormir, la plage, sur ma droite est vide, comme des fantômes les parasols, échoués comme des lances, les kayak, demain, il faudra repartir….

11 h 00 : Caroline et Christophe nous réveillent pour nous dire au revoir, ils reprennent la route sur Alger, on se réveille doucement, un dernier bain pour la route, il est 15 h 00, on quitte le petit écrin, la petite plage, les vaches guelmoises avec leurs petites cornes, les itinérantes que l’on croise partout, sur la route, sur la plage, dans les jardins, la corniche est bondée, on manque de faire demi-tour, c’est Fériel qui prend le volant pour un voyage sans halte, en musique, presque en silence, il est 22h 00, on arrive à Alger, chaude, bruyante, poisseuse…….

Par Sam - Publié dans : alger-intime
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Dimanche 6 août 2006 7 06 08 2006 13:20

Ah les vacances, comme dirait la grande poétesse Madonna « Holidays, i twill be so nice… », eh bien pour moi, pas de vacances, because boulot, mais quelques petites escapades, ici et là, histoire de profiter un minimum de la période estivale… Et c’est ainsi que, sur l’invitation de mon amie Fériel, nous voilà partis à pour quelques jours loin d’Alger, de sa chaleur et de ses embouteillages, direction les Aftis, petit village en bord de mer, à 36 km de Jijel, sur la fameuse corniche Jijelienne….

9h 30 : arrivée chez Fériel, on charge la voiture, tout y passe, fringues, draps, oreillers, bouffe, c’est parti, c’est moi qui prend le volant, direction Tizi Ouzou, petit arrêt essence + pipi + kahoua, on trace vers Azeffoun, jolie route de montagne, jonchée de détritus et d’hideuses habitations en béton du genre cube + 4 étages (1 pour 2 enfants) et garages au rez de chaussée, d’autres avec des toits en tuiles légèrement arrondis, un peu à la temple boudhiste, couleur grise ou marron de rigueur bien sûr….

13 h 00 : arrivée à Azeffoun, l’heure pour nous de déjeuner, Fériel me propose d’aller à l’hôtel La Marine, un batiment blanc et bleu cubique sans grand intérêt, et à l’entrée, le réceptionniste nous propose de tester le restaurant «  La Grotte », situé au sous-sol de l’hôtel…. On y va donc, à la grotte et là, c’est le choc : le propriétaire a reconstitué avec du ciment couleur caca d’oie, une véritable grotte, qui ressemble un peu au ventre des créatures du film Alien, genre placenta de monstre en gestation… Il y a même de fausses stalactites, quant à la déco, chaque recoin de la grotte est exploité pour mettre une poterie kabyle, un panier en osier, une ampoule pour diffuser de la lumière indirecte, c’est incroyable… Mais le plus incroyable c’est lorsque le serveur nous explique que pour faire ce restaurant, le propriétaire s’est inspiré d’un voyage… Au Mexique ! Je passerai rapidement sur la bouffe, inintéressante au possible mais la déco est tellement fascinante que j’aurai été prêt à avaler des araignées vivantes sans sourciller….

14 h 00 : on reprend la route, magnifique route de bord de mer, toujours les détritus, Saket, joli petit port encore préservé, Boulimat, foutu, le dos de dynosaure qui signale notre arrivée à Bejaia, se dresse au fond, somptueux, pendant que sur le flanc de la montagne on brûle les déchets de la décharge dans ce paysage de rêve… Arrivée à Bejaia, on contemple avec horreur les bâtiments de la nouvelle ville, béton marron, immeubles sans âmes, routes défoncées, heureusement que là haut, le vieux centre ville et ses petites ruelles en pente, ses escaliers, est toujours là, on quitte Bejaia, la longue ligne droite nous mène à Tichy, regard mi fasciné, mi horrifié à cette résidence de vacances aux immeubles multicolores à l’entrée de Tichy… Ah Tichy, station balnéaire populaire, air de fête perpétuel, on s’arrête à un café, et pendant que des familles avalent des brochettes goulument, des jeunes femmes en déshabillé et en pyjama, tombées de leur lit, prennent leur petit déjeuner, l’air las, travailleuses de la nuit dans les cabarets environnants…. Les boutiques exhibent des maillots de toutes les formes et de toutes les couleurs posés sur des bustes en plastiques et rivalisent avec les bouées de toutes les tailles et de toutes les formes, merci la Chine….

16 h 00 : direction les grottes merveilleuses, on passe Aokas, petit arrêt chez le marchand de vin pour faire le plein de chrab, Souk Eltnine puis arrêt à Melbou pour faire quelques courses avant de rejoindre la corniche, époustouflante de beauté, malgré le massacre en bonne et due forme qu’a fait l’actuel Wali de Jijel pour élargir une route qu’on ne peut élargir, mais ça, c’est une autre histoire… Les falaises, les petits passages dans la roches, la route qui serpente, les magnifiques criques, le paradis est proche, tout proche,encore faut-il être patient car un camion bloque la route, la longue attente, les négociations, les belek, les vas-y, les sétifiens en goguette qui sortent de leur voiture pour parlementer, les petits gamins qui vendent appareils photos et coquillages, made in China, les petites entrées de grottes avec leur enseigne « musée des grottes merveilleuse », le pont qui surplombe l’oued, l’oued qui se jette dans la mer, magnifique, j’adore….Ziama Mansouriah, joli petit village, son port, sa jetée et son petit pain de sucre, Taza et enfin, nous y sommes, les aftis, sa petite plage de sable rouge, la cantonnière en face, toujours debout, face à l’anse des aftiss, et assoupi, au fond, accroché au rocher, l’hôtel de Rachid, ses petites terrasses sur l’eau, hotel fermé, qui le temps de quelques jours, sera ouvert juste pour nous, quel luxe !

17 h 30 : Salah, le préposé aux cuisine, clone de Georges Moustaki, est à la porte de l’hôtel, il lit Kundera assis sur une chaise, Farid et Lamine nous accueillent, on descend l’escalier de pierre, on traverse le jardin, avec en face, la mer à perte de vue, on grimpe l’escalier en rondins de bois, la passerelle qui mène aux studio, le notre est au fond, avec sa jolie terrasse qui surplombe la plage, on est arrivés…. J’enfile un maillot, Caroline et Christophe sont déjà arrivés, ils barbotent dans l’eau, ils nous font de grands signes, je descend les escaliers en pierre, une techebbika, mmmmm, ça y est c’est ma première baignade,l’eau est chaude à la surface, fraiche au fond, des petits poissons sillonnent le sable fin, le bonheur existe, et il va durer quatre jours….

Par Sam - Publié dans : alger-intime
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Dimanche 9 juillet 2006 7 09 07 2006 10:40

En haut de la rue Didouche, en plein centre ville d’Alger, juste au dessus du Blue Note, se cache ma cantine du midi, a la braise…. Dans une ruelle en U, un petit écriteau vous indique « A la Braise , restaurant familial »… Une petite porte de bois vitrée, une petite salle en forme de couloir, un escalier en colimaçon qui donne accès à une mezzanine, vous êtes chez Toufik, le maître des lieux, oulid Houma…. Toufik, ses petites lunettes, son sourire, bubulle, la serveuse papiche aux yeux de poisson rouge, et surtout, Dalila, la sœur de Toufik, cuisinère émérite, qui vous prépare des salades et des petis plats comme à la maison… Le rituel est le même, premier objectif, passer des coups de fil pour débaucher copains et copines pour le déjeuner, direction « a la Braise  », on entre, Toufik, Dalila, Bubulle et le jeune chouwey nous salue, on jette un regard gourmand dans la vitrine qui présente les plats du jour en criant « Dalila , ouech kayen elyoum », aubergines farçies, paté de volaille maison, salades variées, sardines beddersa en papillotes, gratin d’épinards, tourte maison à la viande ou aux courgettes, et comme tous les jours, les fameuses petites brochettes de viande marinée… même réaction, Dalila, toujours élégante, nous présente les différents plats, qu’on ponctue de Mmmmmmm, puis on passe à l’étape 2, rez de chaussée ou mezzanine, c’est selon… Moi, j’ai mon rituel, l’été c’est rez de chaussée, l’hiver c’est mezzanine, mais aujourd’hui le rez d chaussée est occupé, aucune des quatre tables n’est libre.. La clientèle, cadres du ministère, étudiants, personnes du quartier, on grimpe l’escalier en collimaçon, ou deux copines attablées cassent du sucre sur leurs collègues en avalant frites et brochettes, allez on s’installe…. Bubulle, la jolie serveuse aux yeux de poisson rouge nous rejoint, son petit carnet à la main, le choix prend bien un quart d’heure, entre mettez moi ça, plus ça, plus ça, ou non, plutôt ça, puis ça, puis on recompte pour la nième fois les brochettes, on s’emmèle les pinceaux, on recompte, sous l’œil impassible de Bubulle, qui note, rature, puis renote, puis rerature, zen attitude…Petite attente, les mousses d’aubergines arrivent, Nacéra pique dans mon assiette machinalement avec son morceau de pain, je finis par lui taper sur la main, elle sursaute… Les assiettes sur mesure arrivent, chouiya carottes, betteraves, une tourte aux épinards, puis sardines pour les uns, servies dans le papier aluminium, brochettes marinées pour les autres et frites, pas grasses, bien sèches, dommage, suis au régime, fini les frites… On arrose ça de Hamoud, moi d’eau minérale because régime, Dalila nous offre la mousse au chocolat maison, « je ne mets pas de sucre dedans », elle nous explique qu’elle fait le service aujourd’hui avec une copine et sa nièce pour aider Toufik, son petit frère qu’elle a pratiquement élevé elle-même, c’est l’heure du café, prépapré s’il vous plait dans une cafetière italienne comme à la maison, et c’est reparti, on redescend, lourds de bien être les escaliers en colimaçon, on paie à la caisse, puis on ouvre la porte, sans oublier les compliments d’usage, les yeux éperdus de reconnaissance, en criant à l’unisson « Toufik, Dalila, c’était boooooooon… »… Il fait chaud dans la rue, et on se sépare, la démarche lourde, l’estomac rempli de contentement, en se disant… A demain…..

Par Sam - Publié dans : alger-intime
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Jeudi 29 juin 2006 4 29 06 2006 12:28

L’Algérie est un pays où il y a si peu de problèmes… A tel point que l’une des préoccupations majeures de  l’un de nos ministres, notre rouquine incendiaire, Khalida, Minsitre de la culture de son état, est de règlementer le statut et l’existence des galeries d’art en Algérie.. Faut dire qu’il y en a tellement, à tous les coins de rue pratiquement… Louable intention… après tout, le statut de galerie d’art n’existe pas en Algérie, donc why not… Mais comme notre rouquine incendiaire manie l’humour algérien avec dextérité, elle a décidé dans son décret qu’un individu ne peut ouvrir une galerie d’art que s’il est diplômé des beaux-arts, belle idée, non ? Donc, si l’on extrapole le raisonnement, dorénavant, un écrivain n’aura le droit d’écrire que s’il est diplômé en littérature, un peintre ne pourra peindre que s’il est peintre – en bâtiment, et un sculpteur ne pourra sculpter que s’il est capable de prouver qu’il est titulaire d’un doctorat en sculpture… C’est y pas de l’humour, ça ?

Le problème est que dans ce contexte, un ministre de la culture ne peut être ministre de la culture que s’il est titulaire d’un diplôme culturel… Or, il s’avère que notre rouquine incendiaire, qui laisse mourir les Fogharas de Timimoun, qui laisse s’effondre le patrimoine architectural de nos villes et qui  file des baffles en public à un commis de l’état est …. Professeur de mathématiques….

Cherchez l’erreur… Un bel exemple d’humour à l’algérienne... Et comme disait Chouchou : "J'adoooooore les mathématiques...."

 

PS : il existe environ une dizaine de galeries d’art privées sur l’ensemble du territoire national algérien, et ça, c'est pas drôle du tout.

Par Sam - Publié dans : alger-intime
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Jeudi 29 juin 2006 4 29 06 2006 11:42

Hier soir, j’ai fait bain de papiches, que dis-je, je me suis noyé dans un océan de papiches et de papichettes en furie, sur fond de mauvaise techno et de R’n B, merci Karim…Coup de fil de ce dernier, il me propose d’aller au Pacha Club, la discothèque de l’hôtel Saint-Georges, à une soirée organisée par son jeune cousin de 20 ans, « beau, beau, mais con à la fois », pour reprendre Jacques Brel… Ce n’est pas moi qui le dit, mais le cousin…Oui, pourquoi pas, le blog exigeant des sacrifices, j’ai accepté d’y aller, ce qui demeure un exploit, étant donné mon aversion pour les discothèques, ma détestation de la mauvaise musique et mon rythme de travail qui me fait habituellement dormir comme les poules… Ayya Maalinech, aala khaterkoum, shab leblog…. Karim me récupère en bas de chez moi, avec Amina, et c’est parti pour le show… Arrivée à l’hotel St Georges, le parking est embouteillé comme un jour de centre ville, entre papiches et papichettes, probablement venus, pour la soirée, et femmes en robes de soirées lourdement maquillées, venues là pour assister à un mariage… Effectivement, en passant devant les fenêtres de la salle de fêtes du Saint-Georges, on entend « à à à la queue leu leu…. », ça ne s’invente pas comme bande son pour un mariage arabo-musulman, notez l’érotisme torride de la chanson… Amina et moi en profitons pour espionner par l’une des fenêtres de la salle de mariage où des femmes alignées comme des brochettes sont assises sur des chaises, comme dans un enterrement, imperturbables au gueulantes de l’animateur chanteur qui n’en finit pas de hurler « à à à la queue leu leu »…. Arrivée dans le hall, infesté de papichettes, nombril à l’air, décolleté et minijupes de rigueur, alors que les jeunes papiches offrent leur crâne luisant de gelaux néons de la réception… Chouette, on va s’amuser…. La ligne de videurs, bien musclés, on présente les flyers en forme de faire part de mariage, et on pénètre dans le saint des saints, accueillis par le cousin « beau beau et con à la fois »… La boîte est pleine, océan infini de papiches et de papichettes qui se déhanchent comme dans les clips de MTV sous le regard ahuri de quelques hommes d’affaires égarés, probablement clients de l’hôtel, glups va falloir tenir…. Amina me fait danser sur Shakira, oui, vous avez bien entendu, j’ai dansé sur Shakira, l’horreur absolue, pendant que les autres sifflent leur vodka, gracieusement offerte par le cousin, « beau, beau et con à la fois »….La piste de danse est pleine, la musique assourdissante, tous les tubes du petit écran y passent, entrecoupés d’un « ça va l’ambiance ? » du DJ et des sons de cornes façon stade de football, les papichous sont en délire… 2h 15 du matin, j’ai battu mon record, j’arrive à extraire Karim et Amina, direction le parking toujours encombré, un petit coup d’œil par la fenêtre de la salle des fêtes, toujours la brochette de femmes assises et l’animateur-chanteur combatif, 20 minutes d’attentes avant de s’extirper de l’hôtel et rejoindre les rues d’Alger, direction home sweet home…. N’allez pas dire les amis que je ne fais pas d’effort, 3 heures de mauvaise musique, 20 minutes d’embouteillage, si ce n’est pas de l’amour, ça, c’est au moins du sacerdoce…..

Par Sam - Publié dans : alger-intime
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Mercredi 28 juin 2006 3 28 06 2006 21:15

Les moments de magie, ça existe. Ils surviennent comme ça, sans prévenir, un coup de fil, Leila, qui vous dit, TU DOIS VENIR AU TNA CE SOIR, J’AI DES INVITATIONS, NE DISCUTE PAS VIENS, et hop, la magie peut commencer… Et c’est avec l’autre Leila, ma LeilaD, que je me rends, douga douga, square Port Said, direction le TNA. On arrive en avance et c’est au Tantonville, célèbre café de la capitale, que l’on échoue, sur la terrasse… Deux cafés, une bouteille d’eau, LeilaD hésite puis grille sa cigarette, les hommes attablés font semblant de ne rien voir, comme nous d’ailleurs, modus vivendi…. Il est 18 heures, l’heure de se lever, des gamins jouent au foot sur le parvis du TNA, en face, le square port said, les petits vieux assis sur leurs chaises et encore des gamins qui jouent au foot, le cri des oiseaux, le crépuscule, c’est vrai qu’Alger à des airs de La Havane… Je n’ose pas regarder sur la droite les ruines de l’hôtel effondré, les trois arcades encore debout, 7 morts, dans l’indifférence générale, Alger belle et morbide…. Personne sur le parvis, juste une jolie jeune fille, avec un sac orange, elle s’appelle Safiness, elle est très affairée, do you speak english, yes i do, elle nous raconte son histoire, elle est algérienne, elle n’a jamais vécu en Algérie, elle est née et elle a grandi en Irlande… Elle passe ses vacances à Alger, c’était l’été dernier, une rencontre à la Casbah, un vieil homme qui dessine, elle s’arrête, ils parlent, il est musicien de chaabi, il lui sort une vieille photo en noir et blanc, un orchestre de chaabi, il égrenne les morts et les vivants sur la photo…Safiness rentre en Irlande, elle revient quelques mois plus tard avec un projet fou, faire un Buena Vista Social Club chaabi, retrouver tous les vivants de la photo, les réunir, sous la houlette d’un arrangeur de génie, Damon Albarn et Safiness filmera la rencontre et l’enregistrement du disque pour en faire un documentaire qui fera le tour du monde. Retour au sources…. Ce  soir, les 36 musiciens qu’elle a patiemment retrouvé et Damon se retrouvent sur la scène du TNA pour un premier concert et quelques privilégiés seront là pour assister à cette première rencontre….Allez on entre, quelques rares personnes sont déjà installées dans la salle vieux rose du TNA, Damon est là, un micro perche à la main, ça y est il entrent, les musiciens, le temps s’est arrêté, certains avancent péniblement, avec une canne, d’autres ont toujours leur coiffure de vieux beau des années 70, brushing et raie sur le côté, ou banane crantée façon années 50… Le serouel tergal pattes d’éléphant, la chemise à col long, en jersey et près du corps, les mocassins blancs de rigueur, ou alors, le shangai bleu, et les sandalettes à une lanière, assis bien droits sur la chaise, beaux comme des i, mandoles, violons, imzad, derbouka, oud, bendir, piano, où es-tu Skandrani, c’est le petit fild d’El Anka qui officie au piano, le plus jeune de la bande, et derrière, l’inimitable rideau bleu nuit, scintillant comme une nuit étoilée vue d’une terrasse de la Casbah…. On ne connaît qu’eux ces musiciens, celui-ci me dit quelque chose, ou encore celui là, j’ai l’impression de regarder un orchestre de la RTA, dans ma télé en noir et blanc, une télé où tout le monde, à commencer par moi, aurait vieilli… ça y est c’est parti, l’istikhbar musical, Damon tend sa perche, anachroniquement moderne avec son baggy et son micro au milieu des dignes musiciens, une petite fille en robe blanche danse en bas de la scène, lehmem lirabbitou mchaaa iliyya, le vieux monsieur au regard fixe et à la moustache blanche, voix puissante et chevrotante, l’émotion est à son comble, puis c’est monsieur brushing, à la voix de ténor qui enchaîne dignement, une qasida, puis sebhane ellah y altif, on entend les youyous dans la salle, les musiciens enchaînent, portés par l’acoustique exceptionnelle du TNA, nous en transe, Damon a les yeux fermés, perdus dans son casque, il dodeline de la tête, emporté par la musique, les spectateurs tapent des mains, les youyous fusent, la petite fille fait bouffer sa robe blanche, et c’est déjà fini, trop vite fini, on est tous un peu hébétés, nous les spectateurs, par cet incroyable, improbable, exceptionnel, dingue, irréel moment… Moment qui se termine par un petit cocktail, pas bien intéressant, si ce n’est la majestueuse vue du premier étage du TNA, la perspective du square Port Said, la façade bleue et blanche des immeubles, la mer, là bas, en face, chargée de promesses, et en bas, sur le parvis du TNA , Damon joue au foot avec les gamins….. Sebhane ellah y altif

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Mercredi 28 juin 2006 3 28 06 2006 11:50

La Pointe Pescade , Rais Hamidou, lieu de mon enfance, à l’Ouest d’Alger, c’est là que je décide d’emmener Philippe pour un dîner chez le Roi de la frite… Direction la corniche de St Eugène, ses somptueuses demeures délabrées, ses palais turques qu’on entrevoit à peine, corniche de la décadence, ou le laid côtoie le beau, comme toujours à Alger…. Le célèbre casino de la corniche fait face à la mer, la tristement célèbre cimenterie fait face au casino, et ainsi va le beau, ainsi va le laid….

A l’entrée de Pointe Pescade, la plage de franco, et ses rochers en forme de pain de sucre, la petite ruelle, on contourne le petit square poussiéreux et c’est devant une jolie maison, celle où habitat Jean Sénac, aujourd’hui un restaurant bien glauque, que l’on arrête la voiture…. La petite bicoque en bois bleue électrique du roi de la frite, avec la plage de franco en contrebas, les petites fenêtres donnant sur la mer, est toujours là, réminiscence de mon enfance… Je me vois, sortant de chez le coiffeur où j’ai pleuré toutes les larmes de mon coeur, tenant la main de mon père, devant l’aquarium plein de chips, attendant ma récompense : un cornet en papier rempli de délicieuses chips, mmmmm….

La petite salle, à la propreté chirurgicale est pratiquement vide, Ammi Hamid, le maître des lieux, roi de la frite en exercice, est là, assis avec deux vieux monsieur à l’air distingué et au costume élimé, le prince de la frite, le fils du roi, donc, un beau gaillard timide est aux fourneaux… La petite table avec la toile cirée, les petites chaises bistrot en bois, le nez au vent, par la petite fenêtre, on fait les présentations, et c’est le défilé de noms qui commence, grand père, oncles, parents, cousins, le microcosme pointe pescadesque passe sous la brise chargé d’iode, Ammi Hamid est intarissable, et tout y passe, même l’histoire mouvementée de la petite bicoque bleue électrique…..

Sur la table, le festin est largement entamé au son des propos de Ammi Hamid, intarissable, sepia en sauce, dans le grand bol en verre, hors d’œuvre, frites à l’ancienne, bien épaisses, bien sèches, trempées dans la sauce rouge et piquante, le tout copieusement arrosé de Hamoud blanche, Ammi Hamid, qui parle  et qui parle, encore et encore, de la pointe, de l’Algérie, des évènements, de la guerre d’Algérie, je caresse la toile cirée aux grandes fleurs, la pointe pescade de mon enfance explose dans ma tête, les images se télescopent, nostalgie, oui, tristesse, non, car ainsi va la vie, qui continue de vous offrir parfois les bribes de ce qui vous a définitivement construit….

On finit quand même par se lever, Ammi Hamid nous salue, le grand gaillard de fils, aussi silencieux que le père est bavard, nous fait un signe, les deux vieux sont déjà partis, discrètement, et Philippe et moi, adossés à la balustrade, silencieux, profitons de la petite brise, du reflux des vagues de la petite plage de franco, la plage des grands quand j’étais tout petit, le fantôme de jean Sénac, là bas, à sa fenêtre, face à la mer, les pains de sucre, au bout de la jetée, mon enfance, là bas, au bout de la rue, et la bicoque bleue électrique, toujours debout, envers et contre tout, symbole de nos souvenirs jamais éteints……

Par Sam - Publié dans : alger-intime
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Lundi 26 juin 2006 1 26 06 2006 10:15

Je sais, je sais, le silence a été long, trop long, en tous cas pour moi…. Me voilà reparti, back in business, traînant mes guêtres dans les rues grouillantes d’Alger, plume à la main, cheveux au vent, œil aux aguets, ma ville, si aimée, tant détestée…. Le jour de la fête de la musique, le 21 juin, nous nous sommes produits - nous c’est la chorale -, à la villa Nedjma, somptueuse maison mauresque comme il y en a tant sur les hauteurs d’Alger… Le jardin, ou dois-je dire le parc, se termine par un belvédère, et là, Alger, ses immeubles, sa baie, son port, s’offrait là, devant nous, au crépuscule… Alger a adopté sa mine boudeuse, celle qui fait qu’elle se drape dans le brouillard, histoire de vous rappeler que ce soir là, elle n’est pas d’humeur… Alger, caractérielle, comme ses habitants, un coup radieuse, souriante, un coup grise, triste ou énervée…. Alger, comme ses chauffeurs de taxis, parfois charmants, serviables, parfois odieux à vous donner des envies de meurtre… Moi aussi, je suis comme ma ville, parfois heureux, parfois boudeur, caractériel… Moi aussi, je me suis drapé de silence, comme la ville se drape parfois de brouillard, comme ça, sans raison, sans reconnaître, finalement, que cette histoire de radio, ça m’a quand même fichu un coup, mais comme Alger aujourd’hui, j’ai décidé de sortir de mon brouillard et à vous raconter mon Alger intime de nouveau… Vous parler du roi de la frite, cette petite bicoque au dessus de la plage de franco qui n’a pas bougé depuis le temps de mon enfance où j’allais avec mon père déguster des chips dans des cornets en carton… Les chips sont toujours aussi bonnes, les cornets sont toujours là, et par la petite fenêtre de la petite bicoque peinte en bleu électrique, je peux apercevoir les enfants de la plage de franco plonger des rochers en forme de pain de sucre, comme avant… Vous raconter Buena Vista Social Club à Alger, ou quand  Farinesse, une irlando – algérienne, fait un retour aux sources, se promène à la Casbah , rencontre un vieux musicien de chaabi qui lui montre une photo jaunie, puis ramène Damon Albran de Blur et de Gorillaz pour enregistrer 36 musiciens de chaabi en les sortant de l’oubli…. Hier soir, au TNA, ils étaient tous là, les musiciens, Damon Albran, pour une première rencontre musicale, le shangai de rigueur et le brushing pour les musiciens, pendant que les enfants jouaient au foot sur le parvis du TNA et que  les vieux prenaient le frais devant les kiosques du Square Port Said , pendant que les nouveaux arrivés dans la Capitale se trouvaient un banc pour dormir, pendant aussi que les fantômes du petit hotel effondré planaient dans la salle du TNA au son de Sebhane Ellah y a ltif… ça aussi je vous le raconterai… Irrationnelle, cette ville est irrationnelle, comme moi, comme vous tous, probablement, alors, assumons le, mais surtout, restons le…. A très bientôt, chers amis…..I’m back in business

Par Sam - Publié dans : alger-intime
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Dimanche 23 avril 2006 7 23 04 2006 20:19

Eh bien voilà, à Alger, depuis quelques semaines, il fait beau. Il fait même chaud. Oui, très chaud. Et dans les rues, toujours la même réflexion : « ah skhana, que nous réserve l’été, si dès maintenant, il fait si chaud »…. Les bras des belles se dénudent, les lunettes MAX ou MASK ou MASQUE, bref les grands trucs mange-visage dévorent les faces des papiches et des papichettes, et on voit ça et là des courageux sortir le marcel de l’été dernier, et le bermuda mestour, le fameux pantacourt… Bref, à Alger, vous l’aurez compris, il flotte comme un air d’été, et vous, vaguement suant, encore au rythme de l’hiver, vous vous dîtes, angoissé, « comme le temps passe vite »…..

Et en ces temps printaniers, dans cette chaleur estivale, mon compagnon c’est Larbi. Larbi, des trois horloges, agent immobilier, ne dites surtout pas Samsar, habillé comme il se doit chez les mkatrines de Bab El Oued, de la fameuse chemise sombre ouverte sur le torse, la vista coustime cintré et le pantalon tergal noir, les chaussures vernies, la ceinture à boucles dorées, les cheveux grisonnants avec la raie sur le côté, la gouiaille inimitable de celui avec lequel j’ai des dialogues surréalistes «  Larbi, rani lhakt li trois horloges » Réponse de Larbi «  Ih, rani hna, ouerrak mecheftekche », « rani hna, rani hna », ouine, ouine, ça y est il me voit, il fait un signe, me gratifie du sourire « garouabiesque » et nous voilà tous les deux dans la voiture, direction Madame l’Afrique, pour une visite…. On s’engage dans la rue du triollet, Leila D me montre son école primaire, la haut, tout en haut du triolet, pendant qu’on fait du surplace…. Un match de foot, un drapeau du Mouloudia, un drapeau ferrari, des jeunes qui sautent dans tous les sens, tous les voisins accrcochés aux fenêtres des vieux immeubles, qui contemplent la scène vue d’en haut entre deux draps étendus, deux tee shirts ou deux slips, ouechene, keyenne match de foot ? Larbi me regarde comme si j’étais un débile mental et débite sa sentence « lella, c’est un mariage, djaou idjibou laaroussa.. ah oui, vrai, je me rends compte que tout le monde a mis ses feus de détresse, et c’est au son de la zornadjia, de l’arrêt devant la salle des fêtes située juste devant le virage en épingle, qu’on finit par arriver chez Madame l’Afrique… La vue est époustouflante, la mer à perte de vue et à droite, padovani, Bab El oued qui se casse la figure, le bastion 23, Alger là bas, plus loin, et les bateaux, toujours assoupis, beaucoup de bateaux…. On stationne, Larbi part en éclaireur, la maison est là, ouaouw superbe, non ce n’est pas celle là, et l’autre, ouh génial, non, pas celle là non plus, eh oui, c’est celle du milieu, qu’on a coupé en trois, en dépit du bon sens, et le frère du milieu, coincé entre l’ainé qui a fait des garages qui font dos à la baie, le plus jeune qui entreprend consciencieusement la petite maison de tuile, bref le frère du milieu, lui, veut quitter et vendre…. Larbi est dépité, et le sourire guerouabiesque laisse la place à une moue elhankesque, désolé Larbi, mais faire le sandwich entre deux frères, ce n’est pas mon truc, quoiqu’en dise Monsieur le Directeur de l’ENRS….

On a quand même fait un arrêt sur la terrasse qui est en fait une dalle fraîchement coulée avec quatre « barreaux de l’espoir » qui permettront au frère de monter encore un étage, et là, la vue, mes amis, la vue, un silence, même Larbi qui en a vu d’autres est en arrêt, moment d’’éternité…..

Allez, on reprend la voiture, on dépose Larbi devant la salle Atlas, en promettant de se rappeler, chose qu’il fait 15 minutes plus tard en me proposant un truc à deux moulins… Ah oui, cool, de toutes les façons, les virées visites avec Larbi, moi, j’en redemande….. Comme disait notre ami Guerouabi « el bareh, elbareh, ken andi hachrine »…….

Par Sam - Publié dans : alger-intime
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Vendredi 7 avril 2006 5 07 04 2006 12:28

Avez-vous déjà été atteints d’une montée de sardine grillée ? A Alger, c’est une addiction bien connue, vous vous baladez, il est l’heure de déjeuner, et là, l’un de vos amis n’a qu’une seule obsession : manger de la sardine grillée, ou à la limite une petite friture de sardine….Il y pense généralement le matin, dès le réveil, et cette addiction est souvent en phase avec le temps printanier et le soleil éclatant de blancheur qui inonde Alger….. Vous aussi, vous vous mettez à saliver et là, la grande quête commence…. Alger centre, quartier du Sacré Cœur, en haut de la rue Didouche Mourad, à quelques mètres du Parc de Galland, Mustapha et sa petite gargotte, toujours bondée. Des cadres du Ministère, des peintres et des maçons, une vieille dame élégante, on se case comme on peut, chez Mustapha, alignés sur les tables et avant même de passer le pas de la porte, on demande, un peu inquiet : « Mustapha, keyenne esserdine lyoum ? », Mustapha débite sa sentence, il nous invite à nous asseoir et désigne deux places…. Immédiatement la bouteille de Sélecto ou de Hamoud étiquette blanche atterrit sur la table, et quelques minutes plus tard, la petite assiette, avec les sardines tant convoitées, accompagnées de deux quartiers de citron, mmmmmmm…. Plonger les doigts dans la sardine bien chaude, frite comme il se doit, la casser en deux, quelques gouttes de citron, la mordiller, doucement lentement, puis se jeter sur la deuxième, un peu enragé, puis la troisième, puis la quatrième, plus rien n’existe autour de vous, juste les sardines qui, lascives, sur la petite assiette fleuries, attendent que vous les portiez à votre bouche, destination ultime, afin qu’elle se noient une dernière fois dans un océan de Hamoud…Soulagement, les yeux brillent de contentement, l’addiction disparaît, un bon café noir, et comme dit la chanson « Et c’est parti pour le show…. », non sans avoir lancé un regard éperdu de reconnaissance à Mustapha que vous bénissez d’exister……

Parfois, Mustapha vous regarde de son air désolé, en secouant la tête, toutes les sardines ont été avalées, il n’y en a plus une seule, mais vous, le dos légèrement voûté par la mauvaise nouvelle, vous ne vous laissez pas abattre, car l’espoir est là, quelques mètres plus bas, sur l’autre trottoir, en face de la pompe à essence du Sacré cœur, à la taverne….. Facile à retrouver la taverne, car le nom est gravé en mosaïque, sur le trottoir en face de la porte d’entrée…. Ah la taverne, sa lumière particulière générée par les lourds rideaux qui filtrent la lumière, son bar, au fond, ses affiches d’Alger au lendemain des années 60, ses petites chaises bistrot en bois, oui, il y a des sardines, grillées cette fois –ci, accompagnée d’un verre de vin et d’une salade de tomates…. Elles arrivent, elles sont là, plus épaisses, moins fines, moins tortueuses, elles sont là, dodues, grillées, étalées sur la petite assiette blanche, elles se défont entre vos doigts et en attaquant de concert la chair de ces belles dodues, on se regarde, le verdict tombe « mmmmmm, elles sont bonnes…. », soulagés, les doigts farfouillent dans la chair duveteuse, la chair fond dans la bouche avant même de commencer à mâcher, l’odeur des ports et de la mer envahit vos sens, je suis sur le sardiner, il est 5 heures du matin, on approche de la côte, la vente à la criée va débuter, les sardines sont là luisantes, certaines sont encore frétillantes, inquiète de leur nouvelle vie dans les petites assiettes des bars et des gargotes algériennes, certaines finiront en beignets dans la poêle exigeante d’une mamma, d’autres vivront leur dernier ballet aquatique dans la sauce rouge piquante d’une chtitha, aquarium en fer blanc d’une grosse marmite dont le contenu sera dévoré par la masse laborieuse des ouvriers et des maçons…..

Sardines, je vous aime……

Par Sam - Publié dans : alger-intime
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