Après
Quartier improbable, je vous disais, oui, on peut dire ça, car le cœur de l’Inde et du Pakistan est planqué au fin fond d’une ruelle de Ben Aknoun, dans un quartier de maisons, mi squatt, mi résidentiel…. Une enseigne, Le Taj Mahal, je l’aurais parié pour un restau paki ou indien, on entre par une baie vitrée, rien de dépaysant, et c’est un maître d’hôtel élégant en costume gris, blond comme les blés et à l’accent bien kabyle qui vous accueille, pour le dépaysement, faudra repasser…. Heureusement, en attendant que la table se libère, vous vous asseyez sur une banquette, en face de l’écran plat qui passe des clips de chansons indiennes, avec des femmes en sari qui courent dans la campagne poursuivis par des bellâtres, tout ça en chantant et en dansant, ambiance Janitou garanti…. Un coup d’œil à la caisse, et là, deux monsieur Pakistanais ou Indiens en costume cravate, musulmans dans tous les cas, car le jus de raisin amer est proscrit, trônent dignement devant la caisse, j’en profite pour parfaire mon anglais avec eux…. Mais voilà, on peut passer dans la salle, tout en long, avec des banquettes très hautes de part et d’autre qui nous isolent des voisins, bizarre et pas pratique pour voir et être vu, on se croirait dans un train de western avec ses bancs en bois, comme dans un compartiment, avec l’odeur de curry et la moquette en plus….. Le serveur se présente, blanc comme un cachet d’aspirine, un kabyle bien de chez nous et distribue la carte, les tikka, les curry, les tandoori, les nan, tout y est, avec tous les noms chantant et évocateurs de la cuisine indienne et c’est au son des tablas qu’on demande des explications au jeune serveur kabyle qui n’a pas l’air de s’y connaître plus que nous…. Il nous propose un assortiment, va pour l’assortiment, accompagné de nan au fromage et d’eau minérale, snif, snif… a côté une famille dévore du riz, et de la viande marinée dans son curry, concentrée sur ses assiettes, pendant que nous , dans notre compartiment, on commente la déco, à la recherche du moindre signe de culture indienne, difficile de trouver, mais bon, pourquoi pas….. En passant au toilettes, au bout de la salle en forme de train, j’entrevois la cuisine ou des indiens sont affairés et parlent très vite et très fort en préparant des plats, c’est bon, ce n’est pas une nana en fouta kabyle qui fait la cuisine, je suis rassuré….. L’assortiment arrive, un grand plat avec des morceaux de poulets rouges, blanc et vert vif, probablement marinés, pour certains dans du curry et d’autres dans une sauce à la menthe. On nous présente aussi une sauce vert clair, la fameuse sauce à la menthe et une autre, très pimentée, qui vous arrache le gosier… Les nan sont présentés dans une corbeille, bien mous, bien chaud, et c’est parti pour la grande bouffe, très bonne au demeurant… A côté, la famille attaque des glaces, pas très indiennes, du créponnet, tandis que le maître d’hôtel blond comme les blés et à la coiffure de GI vient régulièrement nous demander si tout va bien….. Au fond, en me penchant, je peux contempler les jeunes filles sur l’écran toujours entrain de sautiller et de danser en faisant des oeillades aux jeunes premiers, et avec les odeurs, le goût des nan, la sauce pimentée, la magie finit miraculeusement par opérer malgré les compartiments de train de western, le stuc décoratif importé de la planète Dely Ibrahim. Les papilles sont réellement transportées au fin fond de l’Inde…. On demande l’addition, bien repus, ce n’est pas donné, on retrouve le assas tounoubilet, super poli, on descend la ruelle pour se retrouver brutalement au milieu des barrakettes de légumes, illuminées, l’embouteillage créé par le stationnement sauvage de ceux qui s’arrêtent faire leurs courses, bref de Calcutta à Alger, d’Alger à Islamabad, y qu’un pas mes amis, y a qu’un pas ….Au fait comment on dit musique en Indien ? Ben facile, Moussika !
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