Eh bien voilà, à Alger, depuis quelques semaines, il fait beau. Il fait même chaud. Oui, très chaud. Et dans les rues, toujours la même réflexion : « ah skhana, que nous réserve l’été, si dès maintenant, il fait si chaud »…. Les bras des belles se dénudent, les lunettes MAX ou MASK ou MASQUE, bref les grands trucs mange-visage dévorent les faces des papiches et des papichettes, et on voit ça et là des courageux sortir le marcel de l’été dernier, et le bermuda mestour, le fameux pantacourt… Bref, à Alger, vous l’aurez compris, il flotte comme un air d’été, et vous, vaguement suant, encore au rythme de l’hiver, vous vous dîtes, angoissé, « comme le temps passe vite »…..
Et en ces temps printaniers, dans cette chaleur estivale, mon compagnon c’est Larbi. Larbi, des trois horloges, agent immobilier, ne dites surtout pas Samsar, habillé comme il se doit chez les mkatrines de Bab El Oued, de la fameuse chemise sombre ouverte sur le torse, la vista coustime cintré et le pantalon tergal noir, les chaussures vernies, la ceinture à boucles dorées, les cheveux grisonnants avec la raie sur le côté, la gouiaille inimitable de celui avec lequel j’ai des dialogues surréalistes « Larbi, rani lhakt li trois horloges » Réponse de Larbi « Ih, rani hna, ouerrak mecheftekche », « rani hna, rani hna », ouine, ouine, ça y est il me voit, il fait un signe, me gratifie du sourire « garouabiesque » et nous voilà tous les deux dans la voiture, direction Madame l’Afrique, pour une visite…. On s’engage dans la rue du triollet, Leila D me montre son école primaire, la haut, tout en haut du triolet, pendant qu’on fait du surplace…. Un match de foot, un drapeau du Mouloudia, un drapeau ferrari, des jeunes qui sautent dans tous les sens, tous les voisins accrcochés aux fenêtres des vieux immeubles, qui contemplent la scène vue d’en haut entre deux draps étendus, deux tee shirts ou deux slips, ouechene, keyenne match de foot ? Larbi me regarde comme si j’étais un débile mental et débite sa sentence « lella, c’est un mariage, djaou idjibou laaroussa.. ah oui, vrai, je me rends compte que tout le monde a mis ses feus de détresse, et c’est au son de la zornadjia, de l’arrêt devant la salle des fêtes située juste devant le virage en épingle, qu’on finit par arriver chez Madame l’Afrique… La vue est époustouflante, la mer à perte de vue et à droite, padovani, Bab El oued qui se casse la figure, le bastion 23, Alger là bas, plus loin, et les bateaux, toujours assoupis, beaucoup de bateaux…. On stationne, Larbi part en éclaireur, la maison est là, ouaouw superbe, non ce n’est pas celle là, et l’autre, ouh génial, non, pas celle là non plus, eh oui, c’est celle du milieu, qu’on a coupé en trois, en dépit du bon sens, et le frère du milieu, coincé entre l’ainé qui a fait des garages qui font dos à la baie, le plus jeune qui entreprend consciencieusement la petite maison de tuile, bref le frère du milieu, lui, veut quitter et vendre…. Larbi est dépité, et le sourire guerouabiesque laisse la place à une moue elhankesque, désolé Larbi, mais faire le sandwich entre deux frères, ce n’est pas mon truc, quoiqu’en dise Monsieur le Directeur de l’ENRS….
On a quand même fait un arrêt sur la terrasse qui est en fait une dalle fraîchement coulée avec quatre « barreaux de l’espoir » qui permettront au frère de monter encore un étage, et là, la vue, mes amis, la vue, un silence, même Larbi qui en a vu d’autres est en arrêt, moment d’’éternité…..
Allez, on reprend la voiture, on dépose Larbi devant la salle Atlas, en promettant de se rappeler, chose qu’il fait 15 minutes plus tard en me proposant un truc à deux moulins… Ah oui, cool, de toutes les façons, les virées visites avec Larbi, moi, j’en redemande….. Comme disait notre ami Guerouabi « el bareh, elbareh, ken andi hachrine »…….
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