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Mercredi 28 juin 2006

La Pointe Pescade , Rais Hamidou, lieu de mon enfance, à l’Ouest d’Alger, c’est là que je décide d’emmener Philippe pour un dîner chez le Roi de la frite… Direction la corniche de St Eugène, ses somptueuses demeures délabrées, ses palais turques qu’on entrevoit à peine, corniche de la décadence, ou le laid côtoie le beau, comme toujours à Alger…. Le célèbre casino de la corniche fait face à la mer, la tristement célèbre cimenterie fait face au casino, et ainsi va le beau, ainsi va le laid….

A l’entrée de Pointe Pescade, la plage de franco, et ses rochers en forme de pain de sucre, la petite ruelle, on contourne le petit square poussiéreux et c’est devant une jolie maison, celle où habitat Jean Sénac, aujourd’hui un restaurant bien glauque, que l’on arrête la voiture…. La petite bicoque en bois bleue électrique du roi de la frite, avec la plage de franco en contrebas, les petites fenêtres donnant sur la mer, est toujours là, réminiscence de mon enfance… Je me vois, sortant de chez le coiffeur où j’ai pleuré toutes les larmes de mon coeur, tenant la main de mon père, devant l’aquarium plein de chips, attendant ma récompense : un cornet en papier rempli de délicieuses chips, mmmmm….

La petite salle, à la propreté chirurgicale est pratiquement vide, Ammi Hamid, le maître des lieux, roi de la frite en exercice, est là, assis avec deux vieux monsieur à l’air distingué et au costume élimé, le prince de la frite, le fils du roi, donc, un beau gaillard timide est aux fourneaux… La petite table avec la toile cirée, les petites chaises bistrot en bois, le nez au vent, par la petite fenêtre, on fait les présentations, et c’est le défilé de noms qui commence, grand père, oncles, parents, cousins, le microcosme pointe pescadesque passe sous la brise chargé d’iode, Ammi Hamid est intarissable, et tout y passe, même l’histoire mouvementée de la petite bicoque bleue électrique…..

Sur la table, le festin est largement entamé au son des propos de Ammi Hamid, intarissable, sepia en sauce, dans le grand bol en verre, hors d’œuvre, frites à l’ancienne, bien épaisses, bien sèches, trempées dans la sauce rouge et piquante, le tout copieusement arrosé de Hamoud blanche, Ammi Hamid, qui parle  et qui parle, encore et encore, de la pointe, de l’Algérie, des évènements, de la guerre d’Algérie, je caresse la toile cirée aux grandes fleurs, la pointe pescade de mon enfance explose dans ma tête, les images se télescopent, nostalgie, oui, tristesse, non, car ainsi va la vie, qui continue de vous offrir parfois les bribes de ce qui vous a définitivement construit….

On finit quand même par se lever, Ammi Hamid nous salue, le grand gaillard de fils, aussi silencieux que le père est bavard, nous fait un signe, les deux vieux sont déjà partis, discrètement, et Philippe et moi, adossés à la balustrade, silencieux, profitons de la petite brise, du reflux des vagues de la petite plage de franco, la plage des grands quand j’étais tout petit, le fantôme de jean Sénac, là bas, à sa fenêtre, face à la mer, les pains de sucre, au bout de la jetée, mon enfance, là bas, au bout de la rue, et la bicoque bleue électrique, toujours debout, envers et contre tout, symbole de nos souvenirs jamais éteints……

Par Sam - Publié dans : alger-intime
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