sebhane ellah yaltif

Publié le par Sam

Les moments de magie, ça existe. Ils surviennent comme ça, sans prévenir, un coup de fil, Leila, qui vous dit, TU DOIS VENIR AU TNA CE SOIR, J’AI DES INVITATIONS, NE DISCUTE PAS VIENS, et hop, la magie peut commencer… Et c’est avec l’autre Leila, ma LeilaD, que je me rends, douga douga, square Port Said, direction le TNA. On arrive en avance et c’est au Tantonville, célèbre café de la capitale, que l’on échoue, sur la terrasse… Deux cafés, une bouteille d’eau, LeilaD hésite puis grille sa cigarette, les hommes attablés font semblant de ne rien voir, comme nous d’ailleurs, modus vivendi…. Il est 18 heures, l’heure de se lever, des gamins jouent au foot sur le parvis du TNA, en face, le square port said, les petits vieux assis sur leurs chaises et encore des gamins qui jouent au foot, le cri des oiseaux, le crépuscule, c’est vrai qu’Alger à des airs de La Havane… Je n’ose pas regarder sur la droite les ruines de l’hôtel effondré, les trois arcades encore debout, 7 morts, dans l’indifférence générale, Alger belle et morbide…. Personne sur le parvis, juste une jolie jeune fille, avec un sac orange, elle s’appelle Safiness, elle est très affairée, do you speak english, yes i do, elle nous raconte son histoire, elle est algérienne, elle n’a jamais vécu en Algérie, elle est née et elle a grandi en Irlande… Elle passe ses vacances à Alger, c’était l’été dernier, une rencontre à la Casbah, un vieil homme qui dessine, elle s’arrête, ils parlent, il est musicien de chaabi, il lui sort une vieille photo en noir et blanc, un orchestre de chaabi, il égrenne les morts et les vivants sur la photo…Safiness rentre en Irlande, elle revient quelques mois plus tard avec un projet fou, faire un Buena Vista Social Club chaabi, retrouver tous les vivants de la photo, les réunir, sous la houlette d’un arrangeur de génie, Damon Albarn et Safiness filmera la rencontre et l’enregistrement du disque pour en faire un documentaire qui fera le tour du monde. Retour au sources…. Ce  soir, les 36 musiciens qu’elle a patiemment retrouvé et Damon se retrouvent sur la scène du TNA pour un premier concert et quelques privilégiés seront là pour assister à cette première rencontre….Allez on entre, quelques rares personnes sont déjà installées dans la salle vieux rose du TNA, Damon est là, un micro perche à la main, ça y est il entrent, les musiciens, le temps s’est arrêté, certains avancent péniblement, avec une canne, d’autres ont toujours leur coiffure de vieux beau des années 70, brushing et raie sur le côté, ou banane crantée façon années 50… Le serouel tergal pattes d’éléphant, la chemise à col long, en jersey et près du corps, les mocassins blancs de rigueur, ou alors, le shangai bleu, et les sandalettes à une lanière, assis bien droits sur la chaise, beaux comme des i, mandoles, violons, imzad, derbouka, oud, bendir, piano, où es-tu Skandrani, c’est le petit fild d’El Anka qui officie au piano, le plus jeune de la bande, et derrière, l’inimitable rideau bleu nuit, scintillant comme une nuit étoilée vue d’une terrasse de la Casbah…. On ne connaît qu’eux ces musiciens, celui-ci me dit quelque chose, ou encore celui là, j’ai l’impression de regarder un orchestre de la RTA, dans ma télé en noir et blanc, une télé où tout le monde, à commencer par moi, aurait vieilli… ça y est c’est parti, l’istikhbar musical, Damon tend sa perche, anachroniquement moderne avec son baggy et son micro au milieu des dignes musiciens, une petite fille en robe blanche danse en bas de la scène, lehmem lirabbitou mchaaa iliyya, le vieux monsieur au regard fixe et à la moustache blanche, voix puissante et chevrotante, l’émotion est à son comble, puis c’est monsieur brushing, à la voix de ténor qui enchaîne dignement, une qasida, puis sebhane ellah y altif, on entend les youyous dans la salle, les musiciens enchaînent, portés par l’acoustique exceptionnelle du TNA, nous en transe, Damon a les yeux fermés, perdus dans son casque, il dodeline de la tête, emporté par la musique, les spectateurs tapent des mains, les youyous fusent, la petite fille fait bouffer sa robe blanche, et c’est déjà fini, trop vite fini, on est tous un peu hébétés, nous les spectateurs, par cet incroyable, improbable, exceptionnel, dingue, irréel moment… Moment qui se termine par un petit cocktail, pas bien intéressant, si ce n’est la majestueuse vue du premier étage du TNA, la perspective du square Port Said, la façade bleue et blanche des immeubles, la mer, là bas, en face, chargée de promesses, et en bas, sur le parvis du TNA , Damon joue au foot avec les gamins….. Sebhane ellah y altif

Publié dans alger-intime

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LAMOUCHKA 04/08/2007 13:08

Salut,
j'etais une inconditionelle de votre emission,
j'ai été absente quelques temps ( un peu plus meme....), 
a mon retour, je ne trouve plus de nouveaux articles sur votre blog?
Qu'est ce qui se passe?
A+++

djitli .n 29/01/2007 16:38

koul....ha oussaadou elli maandouche essaad fouque el djmel yaklouhh leklab..... nordine de marseille

IhcÚne 13/11/2006 23:42

ya3tik éssaha !!! Qu'est ce que j'aurais payé pr assister à ce moment la !! les pionniers du cha3bi en compagnie de Damon !! Ct surement magique !! Merci d'avoir patagé ça avec nous meme par un article !!! Magnifique !!!

louisa USA 04/08/2006 20:23

J'ai trouve ce site par hasard en cherchant la radio chaine 3, je suis au boulot ou je m'ennuie a mourir et je tombe sur votre blogmerveilleux qui me fait tellement rire et me rend nostalgique de cette algerie que j'ai a peine connue. Continuez ce site, il est genial!
Loulou des USA

maya 17/07/2006 16:34

g les larme o yeux .....cet article est trop emouvant....
 
Alger dans nos coeurs encor et toujour